Préambule

Le nom de Franche-Comté

Des origines au XVIè siècle

La Guerre de Dix Ans

Bilan

Les Destructions

Tableau synoptique

                         La Guerre de Dix Ans, les principales étapes.                                                                    

Tout commença en Allemagne (défenestration de Prague 1618), une autre guerre de religions. Après plusieurs périodes, Richelieu, pour les besoins d’expansion du royaume de Louis XIII, voulut s’attaquer à la maison d’Autriche et désirait depuis longtemps la Franche-Comté. Celle-ci, loin de son maître Philippe IV, roi d’Espagne, qui n’en avait cure, dût se débrouiller seule et ne compter que sur ses milices.

Le danger vint petit à petit. Les incursions françaises devenaient de plus en plus fréquentes et menaçantes. Le parlement de Dole, le 10 janvier 1633, proclame "l’éminent péril ".

De fait, dés 1633, les premiers " coups de main " par les troupes françaises, et non plus des bandes organisées, commencent à traduire sur le terrain l’ambition particulière de Richelieu qui veut annexer la province.

En 1635, le village de Bourbévelle connut les raids des pillards de soldats lorrains ou champenois et, surtout, de la garnison de Richecourt enclave Française en terre Comtoise.

Le 19 mai 1635 : déclaration de guerre de la France à l’Espagne.Luxeuil-lès-Bains

Le gouvernement de la province s’efforça de faire respecter la neutralité. Mais l’asile par Besançon offert à Gaston d’Orléans, frère du roi et ennemi du cardinal, l’accueil de Charles IV duc de Lorraine furent les prétextes à Richelieu. L’armée française fut placée sous le commandement du Prince de Condé.

De 1633 à mai 1636, les destructions de guerre touchèrent essentiellement les régions frontalières du nord et de l'est, de Jonvelle à Saint-Hippolyte. Il s'agissait d'abord d'opérations de pillage et de raids menés par des bandes de cavaliers, mais très vite, on dut déplorer la perte de villages et l'assassinat de personnes, en particulier dans la région de Jussey envahie par les Franco-Suédois en mars et mai 1636.

Champlitte, pierre datée de 1636, début officiel des hostilitésAu nord, le déchaînement est général en avril 1636 à l’entrée du cruel Saxe-Weymar et ses redoutables " Suédois " : pillages, incendies de tous les villages autour de Luxeuil. Gallas à ses trousses se montra aussi brutal et dévastateur que son ennemi.

Au sud, 29 mai 1636 à Dôle, près de 30 000 Français entament le siège de la ville. Il durera 80 jours. 1ère à subir la guerre, Dôle se défendit avec courage grâce à la ténacité de tous ses habitants, femmes, enfants, paysans, …. Le 15 août, Condé bat en retraite. Dôle est sauvée, mais pas la Franche-Comté.

Et le bailliage alentour avait énormément souffert.Luxeuil-lès-Bains

La Franche-Comté était abandonnée par son roi, aucun secours espagnol ou italien. Et les soi-disant " secours impériaux " présents ne contribuèrent qu’à la détruire et vivre sur son dos encore plus. L’armée comtoise ne put compter que sur elle-même avec à peine plus de 6000 hommes. Aussi, ce sont les habitants eux-mêmes qui relayèrent leurs troupes tout au long de ces 10 années.
        Cela n’enlève rien au moral des soldats et à la valeur de leurs chefs (Colonel Louis de la Verne, Capitaines Duchamp, Vaudrey, Grachaux, Bassant, entre autres) qui firent des prouesses, le mot n’est pas trop fort.
        Certains autres, commandés par le baron et capitaine d’Arnans, après de nombreux succès contre l’ennemi, commirent de nombreux méfaits (vols, pillages, tueries, rançonnant les habitants, incendiant des villages).

Le 10 septembre 1636, le général autrichien Gallas entre en Franche-Comté pour la ..... défendre. De nombreuses exactions sont à mettre sur son compte : Gallas fut un Attila à son heure avec ses " Croates boueux, transis et affamés " à qui il avait en quelque sorte donné " quartier libre " ! ! ! ! Ses troupes, dites " Impériales ", bien qu’étant restées pour protéger la population, surent rivaliser dans l’horreur, la dévastation, les incendies. Au point où les paysans s’organisèrent, tuant et dépouillant ces "alliés " semeurs de mort.

  • Fin septembre 1636 : incendies de villages par les troupes Impériales de Ferdinand II (commandées par Gallas) et pillages pour assurer leur subsistance avec la " bénédiction " de l’Empereur. Brotte-les-Ray, Membrey, Fédry, Vanne, Vellexon, Montarlot furent dévastés. Sans parler des sévices physiques : hommes tués, femmes violées, les paysans retirés dans le clocher de leur église que les " barbares " ont " rôti et étouffés les pauvres paysans ". Tout cela sans aucune émotion des chefs.
  • 10 novembre au 31 décembre 1636 : dévastation par les Impériaux de la presque totalité du bailliage d’Amont. 29 villages totalement incendiés ou détruits, inhabitables jusqu’à la fin des troubles. En réalité, la quasi-totalité du bailliage fut mise à sac, population battue, rançonnée, tuée, femmes violées, villages incendiés ou démolis (les poutres servaient au chauffage des troupes).
    Vezet versa 2400 F pour protection, Borey où " les soldats mirent en chemise tous les retrahants qui étaient au-dit château ".
  • Le 31 décembre 1636, au départ de l’armée impériale, après 50 jours d’occupation, son coût était estimé à plus de 2 millions ½ de F et le bailliage d’Amont à lui seul avait versé 1 200 000 écus (3 600 000 livres) sans parler des " dégâts " matériels et humains et des provisions (grains, fourrages perdus, gâtés, mangés).

En 1637; au nord, l'ennemi fit tomber les places qui avaient échappé aux Impériaux : Gy, Marnay, Montby, Villersexel, L'Isle-sur-le-Doubs, Clerval, Mathay...

  • 7 juin 1637 : Massacre de la Vaivre d’Autet (aujourd’hui la Vêvre) ancien méandre de la Saône " les pauvres gens qui s’y étaient réfugiés …. Ont été emportés et tués, au moins 100 ou 120, les femmes violées, même le curé d’Autet emmené par les soldats, ses entrailles dans ses mains ".
  • Les Lorrains, sous les ordres de Charles IV le Lorrain, appelés au secours des Comtois firent pire (oui c’était possible) que les assaillants Français et Allemands. Et cela dura 2 ans.
    "Les villages sont tous abandonnés, les sujets morts pour la plupart". Seuls les châteaux, bourgs et villes suffisamment fortifiés avaient pu échapper au vandalisme des Impériaux.

Comme si cela ne suffisait pas, au cours de la 2ème moitié de 1637 : la famine s’ajouta à la guerre, et au plus fort en 1638 – 1639, les habitants ne vivant que d’herbe et de racines, tuant les voyageurs pour les manger, animaux domestiques (chiens, chats), selles de chevaux, cadavres (Neuvelles-les-la-Charité a été cité). Autre exemple à Mollans (enfants égorgés et mangés par leurs parents). L’anthropophagie n’était malheureusement pas une rumeur. Tout ceci essentiellement en Amont (Haute-Saône) et au nord du Doubs.
Là encore, les Lorrains et Impériaux incendièrent encore les derniers villages et démantelèrent des châteaux.

Pays anéanti, terre de désert et de désolation.

En 1638plus de 600 des 2000 villages Comtois avaient d’ores et déjà été détruits ". des régions entières désertes, surtout en bailliage d’Amont. Globalement, 78 % d’absents (tués, enfuis) au minimum pour l’ensemble de la Franche-Comté, toujours avec plus au nord.

Fougerolles

Ainsi, au bout de la troisième année du conflit, il n'existait plus une seule région des bas-pays épargnée par les misères de la guerre ; tout avait été couru et ruiné par les soldats.

En août 1639 des témoins du drame écrivaient : " Toutes les petites villes, bourgades et généralement la campagne sont brûlées, sans couvert et sans hôtes " ; " tout est désert et [il] n'y a plus de villages habités en la province qui en avait deux mille", ils insistaient beaucoup sur le fait qu'on ne trouvait plus aucun habitant dans les villages ruinés, sauf "en quelques petites cabanes en fort peu de lieux ". Il ne restait pour seuls îlots de survie qu'une dizaine de villes comme Salins, Dole, Besançon, Ornans, Gray, Vesoul, Luxeuil, Faucogney, Jonvelle... et quelques châteaux.

Encore un témoignage de ce qu’a pu vivre la population ( autre extrait de " la Guerre de Dix Ans " - Gérard LOUIS) :

Il est donc inutile de revenir sur tous les sévices infligés aux populations par ces héritiers directs des Ecorcheurs, des reîtres du duc d'Albe ou des Guise. Il convient néanmoins de citer un texte, déjà connu par ailleurs, qui résume parfaitement les pratiques de l'époque et qui aurait pu servir de légende aux célèbres gravures de Jacques Callot :

" Les Allemands, Lorrains, Français, Suédois, autant les troupes auxiliaires comme les ennemis, pour avoir de l'argent ou ce qu'ils désiraient de ceux qu'ils pouvaient attraper, leur faisaient avaler [...] de l'eau chaude, de l'huile, de l'urine, de l'eau de fumier, et des seaux entiers, et après leur sautaient des pieds sur le ventre pour la faire ressortir par la bouche. [Ils] donnaient le frontail aux uns [...] jusqu'à leur faire sortir les yeux de la tête ; chauffaient les autres au cramail par les pieds et faisaient de la fumée au dessous pour les étouffer ; descendaient des autres dans des puits jusqu'au sol et les laissaient là ; violaient femmes, filles publiquement et en présence des maris et des pères, abusaient des femmes âgées [...]. Ils tuaient les hommes et les femmes de sang-froid, les femmes enceintes ils les éventraient pour leur tirer le fruit du corps donnaient des coups de pistolet dans les tonneaux et laissaient couler le vin dans les caves ; faisaient manger le blé à leurs chevaux quoiqu'il y eût du foin en abondance ; rompaient, brûlaient de gaîté de coeur tous les plus beaux meubles, embrasaient les maisons et villages entiers... ".

Pendant ce temps, Richelieu faisait faucher les blés autour des villes récalcitrantes ! ! !

  • 1635 à 1640 : il faut encore ajouter aux malheurs de la guerre, comme si cela ne suffisait pas, l’épidémie de peste aussi meurtrières sans précédent, véhiculée par les allées et venues permanentes des armées et des populations et qui participa amplement au chiffre de 250 000 morts annoncés par les historiens tout au long de ces 10 ans. Certains historiens attribuent à la peste environ 130 000 morts
  • "Le château fort de Baudoncourt fut l’objet de la trahison de la part du capitaine qui en avait la garde. Ce dernier avait pris la précaution d’éloigner les défenseurs du lieu. Le 28 septembre 1640, 4 femmes porteuses de sacs vides se présentèrent au pont-levis. L’une d’elles prétendit avoir une lettre à remettre aux combattants de la place. Alors que le caporal de garde attendait cette lettre, elle sortit de "sous son devant tiers " un pistolet et lui tira en pleine poitrine. Les soldats français, sous les ordres du Marquis de La Suze gouverneur de Belfort, eurent vite fait de prendre possession de la place et se faire rendre les 45 hommes qui restaient.
    Ce marquis se distingua un peu plus tard par le massacre, entre Saulx et Servigney, de la plupart des 100 hommes protégeant un convoi de vivres (50 chariots), en provenance de Besançon et destiné à Luxeuil. Satisfait, le 25 juillet 1641, le détachement évacuait le château après l’avoir brûlé et ébréché les remparts".
  • 1641 : plusieurs villages durent subir les représailles des ennemis Grancey et Du Hallier (Jonvelle, Faverney, Suaucourt, St Rémy, Demangevelle).

Des bribes de paix, ou plutôt de cessation officielle de guerre, commencent à voir le jour.

  • 10 mars 1642  : signature du traité de COPPET entre les terres de St Claude, la Bresse savoyarde, la principauté de Montbéliard et le bailliage comtois de Baumes-les-Dames. Chaque signataire dût verser la caution de 10 000 livres dans une ville neutre de Suisse (déjà !).
  • Rien n’était terminé pour autant, et dans le bailliage d’Amont, certains assoiffés de sang organisaient un "baroud d’honneur " avant de quitter les lieux. Tel Turenne qui mit terme à la "Guerre de Dix Ans " en incendiant le château de Mélisey le 12 mai 1644 (la guerre continua ailleurs qu’en Franche-Comté jusqu’en 1648, fin de la Guerre de Trente Ans).
  • 1644 : Mazarin reconnaît la neutralité comtoise.
  • Valable 1 an, le traité de COPPET fut reconduit, étendu petit à petit à d’autres places de Franche-Comté jusqu’à la date du 26 mars 1645, traité signé à Joux. Cet armistice général fut accordé en échange d’un versement annuel de 100 000 livres. Une 1ère reconduction en juillet 1646 coûta 315 000 francs. Le 8 janvier 1648 : 324 000 francs ….. Ainsi de suite jusqu’au 10 décembre 1659 (traité des Pyrénées, la Franche-Comté est laissée à l’Espagne) date à laquelle le montant total des versements de toutes ces années s’élevait à 2 379 000 francs. Ce qui n’empêchait toujours pas les invasions ponctuelles, de casser les accords et engagements mutuels.
    Cloître de l'abbaye de Luxeuil-les-Bains Officiellement, la Guerre de Trente Ans prenait fin.

Mais encore :

  • La Comté est reconquise en 1668 par Louis XIV, il la reperd par le traité d’Aix-la-Chapelle.
  • Début juillet 1674 : plus de 3000 soldats assiègent Faucogney avec à l’intérieur seulement 230 défenseurs. Le 3 juillet sur l’ordre du roi de se rendre, on lui répond "Tout ce qui vient d’un autre roi que le nôtre est suspect. Nous avons de l’honneur et nous le ferons savoir. Messieurs de Faucogney, pour être les derniers à réduire, n’en sont pas moins tous résolus à mourir pour le roi d’Espagne, à l’exemple de ceux d’Arcey " (le 8 janvier 1674, 123 personnes brûlées vives dans le clocher où elles s’étaient réfugiées, par les Français).
  • Avril 1676 : acte de résistance à Breuches (au-dessus de Faucogney), 5dragons sont massacrés, 24 coupables sont condamnés à mort, puis graciés par le roi. Les Français appellent désormais le hameau " Breuches-les-Loups ".
  • Novembre 1676 : acte de résistance, 1 " patriote " retire le battant de la grosse cloche (Arbois), retardant ainsi l’intervention des soldats lors des émeutes.
  • Et des conspirations jusqu’en 1709.

Le traité de Nimègue, en 1678, rattache la Franche-Comté à la France et met fin à des années de guerre – Guerre de Dix ans – épisode comtois de la Guerre de Trente Ans, laissant, autant que les épidémies, le pays déserté.

Le traité de Nimègue (86 ko - archive ADHS)

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Copie de ce traité signé par Louis XIV,
Colbert, Davaux, ....

Après la paix de Nimègue, l’exil des Comtois par milliers se produit (Suisse, Savoie, en Italie - 10 à 20 000 à Rome - , Espagne).Il fut définitif pour certains dont une partie s’enrôle au service de l’Espagne ou de la Maison d’Autriche. Ils ont alors tout perdu. Tous leurs biens passent au fisc ou à des Comtois " compréhensifs " …. Les places fortes sont démantelées, … les états disparaissent, .. la fiscalité s’alourdit en même temps que les réquisitions et les corvées.

Par un décret du 5 février 1790 : la Franche-Comté est scindée en " départements ", le département du Milieu (qui devint le Doubs), celui d’Aval (Jura) et celui d’Amont (Haute-Saône) en utilisant l’Ognon comme frontière naturelle entre la Haute-Saône et le Doubs et quelques " échanges " entre les départements limitrophes.

                                                                                                                                                                                    

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